QI et Intelligence Artificielle : L'IA remplacera-t-elle l'intelligence humaine ?
L’essor rapide de l’IA générative, illustré par des modèles comme GPT-4 et Claude 3, a forcé une réévaluation de ce que nous considérons comme “l’intelligence”. Pendant un siècle, le QI (Quotient Intellectuel) a été la référence absolue pour mesurer le potentiel cognitif humain. Mais comment cette mesure résiste-t-elle face à une machine capable de traiter toute la Bibliothèque du Congrès en quelques secondes ?
Cet article explore les lignes convergentes de l’Intelligence Artificielle Générale (AGI) et du QI biologique, posant la question la plus pressante de notre époque : l’IA rendra-t-elle l’intelligence humaine obsolète, ou changera-t-elle simplement sa définition ?
La différence entre intelligence biologique et numérique
Pour comprendre la menace, nous devons d’abord comprendre la distinction entre la cognition humaine et celle de la machine.
1. Vitesse de traitement vs Reconnaissance de formes
L’intelligence humaine est contrainte par la biologie. Les neurones s’activent à environ 200 Hz, ce qui est des millions de fois plus lent que les transistors en silicium modernes. Cependant, le cerveau humain est un chef-d’œuvre d’efficacité, fonctionnant avec environ 20 watts de puissance (à peu près l’énergie d’une ampoule faible).
- Avantage de l’IA : Vitesse de traitement brute et récupération de données. Une IA peut mémoriser tous les livres de droit jamais écrits.
- Avantage humain : Reconnaissance de formes généralisée avec des données limitées. Un enfant humain peut apprendre ce qu’est un “chat” après avoir vu trois chats. Une IA pourrait avoir besoin de milliers d’images étiquetées.
2. Intelligence Fluide vs Cristallisée dans les machines
En psychométrie, l’Intelligence Cristallisée (Gc) fait référence aux connaissances accumulées. Les modèles d’IA ont effectivement maximisé cette mesure ; ils “savent” presque tout ce qui est disponible sur internet. L’Intelligence Fluide (Gf) — la capacité de résoudre de nouveaux problèmes sans connaissances préalables — est là où les humains ont encore l’avantage, bien que l’écart se réduise.
Le paradoxe de Moravec : Pourquoi l’IA lutte avec les choses “faciles”
Hans Moravec, un chercheur en robotique, a observé un phénomène contre-intuitif dans les années 1980 :
“Il est comparativement facile de faire en sorte que des ordinateurs aient des performances de niveau adulte aux tests d’intelligence ou aux dames, et difficile ou impossible de leur donner les compétences d’un enfant d’un an en matière de perception et de mobilité.”
Ceci est connu sous le nom de Paradoxe de Moravec.
- Tâches à haut QI (mathématiques, échecs, analyse boursière) nécessitent très peu de calcul par rapport à leur complexité.
- Tâches à bas QI (marcher, plier le linge, lire les signaux sociaux) nécessitent des ressources de calcul massives car elles sont le résultat de milliards d’années d’évolution.
Ce paradoxe suggère que l’IA remplacera probablement les emplois analytiques de “cols blancs” (haut QI) plus rapidement que les emplois physiques de “cols bleus”, inversant la hiérarchie traditionnelle de la valeur du travail.
L’impact économique : La fin de la “Prime au QI” ?
Au cours des 50 dernières années, la corrélation entre QI et revenu a été forte. Les individus à haut QI ont afflué vers des domaines complexes comme le droit, la médecine et le codage, qui payaient une prime pour la puissance de traitement cognitif.
Le grand niveleur
L’IA agit comme un “niveleur cognitif”. Une étude menée par des chercheurs de la Harvard Business School et du BCG a révélé que lorsque les consultants utilisaient l’IA, ceux ayant une performance de base inférieure voyaient le plus grand bond en qualité (jusqu’à 43 %), tandis que les meilleurs performeurs voyaient un gain plus faible.
- Prédiction : La valeur économique des tâches cognitives moyennes (rédaction de rapports, codage de base, analyse de données) chutera vers zéro.
- Nouvelle valeur : La prime se déplacera vers l’Intelligence Créative, l’Intelligence Sociale et la Supervision Stratégique — des traits qui sont actuellement plus difficiles à automatiser.
Atteindrons-nous “La Singularité” ?
La Singularité est un point hypothétique dans le temps où la croissance technologique devient incontrôlable et irréversible, entraînant des changements insondables pour la civilisation humaine. Cela est généralement déclenché par la création d’une Superintelligence Artificielle (ASI) — un esprit bien plus intelligent que l’humain le plus intelligent.
Si une IA atteint un QI de, disons, 5000, l’intelligence humaine devient négligeable en comparaison. À ce stade, le rôle de l’humanité passe de “résolveur” à “souffleur” (prompter). Nous devenons les architectes des questions plutôt que les architectes des réponses.
FAQ : Naviguer dans l’ère de l’IA
Q : L’IA peut-elle passer un test de QI ? R : Oui. GPT-4 aurait obtenu un score dans le 90e centile ou plus à divers tests standardisés comme l’examen du barreau et le SAT. Cependant, les tests de QI traditionnels sont conçus pour les humains, la comparaison est donc imparfaite.
Q : Quels emplois sont les plus sûrs face à l’IA ? R : Les emplois nécessitant une grande dextérité (plomberie, chirurgie) et une grande intelligence émotionnelle (thérapie, leadership, vente) sont actuellement les plus résistants à l’automatisation.
Q : Dois-je arrêter d’essayer d’améliorer mon QI ? R : Non. L’intelligence fluide reste cruciale pour la pensée critique. Dans un monde de contenu généré par l’IA, la capacité de discerner la vérité de l’hallucination (une forme de vérification critique) sera plus précieuse que jamais.
Conclusion : L’avenir symbiotique
L’IA ne remplacera pas l’intelligence humaine ; elle la forcera à évoluer. Tout comme la calculatrice n’a pas éliminé les mathématiciens mais leur a permis de résoudre des problèmes plus difficiles, l’IA s’occupera de la “corvée cognitive”, libérant le QI humain pour la créativité et la stratégie d’ordre supérieur. L’avenir n’appartient ni à l’IA, ni à l’humain, mais au Centaure — l’humain qui sait manier la machine.